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A Jean Plumyene
Mille neuf cent trente-deux
Je suis né rue Guynemer, au coin de la rue de Vaugirard, devant le jardin du Luxembourg, au premier étage, le soir. Ma mere m'attendait pour un peu plus tard. Le berceau n'était pas fini, et elle pleurait en cousant une dentelle, un volant, une tete d'ange en ivoire, en haut, sur la capote, pendant que je la pressais et tambourinais de l'intérieur.
Mon pere voulait que ses enfants naquissent chez lui. Il appelait donc son confrere, le Dr P., accoucheur sur et raisonnable qui, entre les soins, partageait avec lui un souper fin et une bouteille de Haut-Brion. Tel était le rite qui se répéta sept fois, autant que mon pere eut d'enfants.
Étant le troisieme, je n'en fus témoin que quatre fois. On prenait ma chambre pour la préparer, la garnir de tables, de linges, de balances, d'appareils médicaux. Puis on m'envoyait coucher ailleurs, chez mes grands-parents le plus souvent. Mais le lendemain, dans cette meme chambre, je trouvais un berceau rempli. Je glissais mon doigt dans la main du nouveau-né pour qu'il le serre, je regardais ses cheveux — ce par quoi surtout ils se distinguaient les uns des autres —, son teint, la fente bleuâtre des yeux, la