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La Rue de la Sardine, a Monterey en Californie, c'est un poeme; c'est du vacarme, de la puanteur, de la routine, c'est une certaine irisation de la lumiere, une vibration particuliere, c'est de la nostalgie, c'est du reve. La Rue de la Sardine, c'est le chaos. Chaos de fer, d'étain, de rouille, de bouts de bois, de morceaux de pavés, de ronces, d'herbes folles, de boîtes au rebut^ de restaurants, de mauvais lieux, d'épiceries bondées et de laboratoires. Ses habitants, a dit quelqu'un: « ce sont des filles, des souteneurs, des joueurs de cartes et des enfants de putains »; ce quelqu'un eut-il regardé par Vautre bout de la lorgnette, il eut pu dire: « ce sont des saints, des anges et des martyrs », et ce serait revenu au meme.
Le matin, quand la flotte sardiniere a rencontré un banc, et que les barques chargées de filets tanguent lourdement dans la baie, les sirenes donnent. Les bateaux enfoncés tres bas se poussent vers la côte, du côté des conserveries qui trempent leur queue dans la baie. Leur queue — c'est leur queue qu'il faut dire — car si c'était leur gueule, qu'elles plongeaient dans la mer, les sardines qui sortent en boîtes, a l'autre bout, seraient encore moins appétissantes. Le sifflet des usines se metahululer: hommes et femmes sautent sur leurs vetements et déva-
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