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L'homme en danger
Face a la conscience de l'Humanité, les « grands problemes » : l'injuste condition du Monde ouvrier et le prolétariat des peuples qu'on appelle sous-développement demeurent encore irrésolus. Leurs fruits amers, innombrables variétés de souffrances, atteignent l'homme en sa chair et le paralysent en son âme.
Aujourd'hui, un autre mal, s'il est possible plus grave encore, parce que plus profond, gagne l'Humanité, en commençant — terrible retour des choses — par les peuples les plus évolués et les hommes les plus « civilisés ». Il s'agit d'une désintégration intérieure, d'un pourrissement de l'homme lui-meme. Les plus grands savants et moralistes, du moins ceux qui croient a la prééminence de l'esprit sur la matiere, sont unanimement inquiets et l'humanité elle-meme commence a réaliser l'importance du danger.
Par ses réalisations extraordinaires, le Monde moderne est prodigieusement beau et grand. L'homme, fier de ses conquetes et de sa puissance sur la matiere et sur la vie, semble le dominer chaque jour davantage. Or, au fur et a mesure que par la science et la technique il maîtrise l'univers, l'homme perd la maîtrise de son univers intérieur. Il perce le mystere des Mondes, celui des infiniment petits comme celui des infiniment grands, et se perd dans son propre mystere. Il veut diriger l'univers, il ne sait plus diriger sa propre personne. Il domestique la matiere, mais alors qu'il devrait — libéré de sa tyrannie — vivre davantage de l'esprit, la matiere perfectionnée se retourne contre lui, il en devient l'esclave, et c'est l'esprit qui meurt.
Si l'homme « perd l'esprit », il perd tout. Il n'y a plus d'homme. Car c'est l'esprit qui est premier. C'est parce que l'idée naît de l'esprit que la matiere s'organise sous la main de l'homme et que s'éleve la construction. C'est parce que l'esprit engendre le plan que la ville surgit de terre, la machine sort de l'usine. C'est parce que l'esprit