Bővebb ismertető
ALA BEGHEBC3IE DES
INTROUVABLES^
LE NUMBAT
SANS FAMILLE NI PROTECTEURS
E numbat. appelé parfois fourmiller rayé ou marsupial, est en somme un pauvre diable, demeuré trop tard sur la terre ou ses ancetres sont venus trop tôt, quand rien n'était encore pret pour les recevoir!
En effet, tandis qu'il est resté pareil a eux, ils ne lul ont laissé comme héritage dans la vie que les armes et les outils rudlmen-talres dont Ils avalent du se contenter eux-memes, en tant que mammiferes tres primitifs (lis apparurent II y a quelque 150 millions d'années), mais qui sont parfaitement démodés et Insuffisants dans le monde actuel.
Pour en Juger, transportons-nous dans une région perdue du Sud-Ouest australien, ou coule la Swan River dont les eaux vont se jeter, pres de Freemantle, dans l'océan Indien. C'est le dernier refuge ou acheve d'exister l'innocent animal et ou nous pourrons l'observer tel qu'il est. Si nous avons la chance de le découvrir sans qu'il nous voit, ce qui n'est pas facile car il est d'une timidité dont rien n'approche, il ne nous semble pas, au premier abord, tellement a plaindre. C'est un petit etre de la taille d'un écureuil, portant sa queue comme celui-ci, relevée le long du dos quand tout va bien et qu'il se croit seul, trottinant de ci, de la, dans la foret, a la recherche de la nourriture qui lui a valu un de ses noms usuels de «fourmiller», a tort d'ailleurs, car c'est de termites, et non de fourmis, qu'il s'alimente exclusivement.
UN FOSSILE VIVANT
--L est construit pour cela,
comme l'étaient, ainsi que nous l'avons dit, ses tres lointains prédécesseurs, contemporains eux-memes des termites, bien plus anciens que les fourmis. Il a gardé, a travers des centaines de milliers de siecles, leurs dents tres nombreuses et sommaires, presque toutes pareilles, encore voisines de celles des reptiles et de celles des premiers oiseaux, dont le bec. on le sait, en était garni. Ses mains, a cinq doigts griffus, lui permettent de démolir rapidement la muraille de termitieres pour mettre a jour leurs galeries et y plonger sa langue,
I II démolit la paroi | I des termitieres pour | I y chercher sa nour-I riture. Pas plus I grand qu'un écu-I reuil, il n'a aucune I arme naturelle pour | I se défendre et ne | I sait pas combattre \ I ses innombrables | I agresseurs. i
semblable a un ver gluant, ou les insectes se collent en masses agressfves. Il la ramene en arriere avec ses proies, les mâche un instant, les engloutit et va recommencer plus loin.
Notre numbat a pu mener ce genre de vie sans émotion pendant d'innombrables millénaires, sans éprouver le besoin d'en modifier le cours par un progres quelconque, puisque aucune raison ne l'y poussait. Pratiquement, il n'avait pas d'ennemis.
avait inauguré, ou presque, la race des marsupiaux, destinés a représenter seuls dans sa patrie les mammiferes, jusqu'a ce que l'homme s'y installe, c'est-a-dire pendant pres d'un million de siecles. Ceux meme de cette classe qui parurent plus ou moins longtemps apres lui ne furent d'abord que des herbivores, sans danger. Il n'y avait pas encore de mangeurs de chair, non plus que dans le monde en formation des oiseaux, ou rapaces et consorts n'étalent pas encore « inventés ». Seul pouvait rôder, ça et la, quelque serpent, quelque grand lézard. Le cas était de toute façon exceptionnel.
Alors, pourquoi se compliquer l'existence par des transformations inutiles, des mours nouvelles? La nourriture était assurée, le climat favorable. On était une bete a « sang chaud » et la seule routine abandonnée depuis peu était celle de pondre des oufs.
comme tout le monde l'avait fait jusqu'a présent. M était plus pratique de mettre au monde un petit vivant, meme fragile et Informe, quitte a Imaginer plus tard, une sorte de poche ventrale, ou II se fignolerait jusqu'a ce qu'il puisse trotter tout seul Mais le temps a passé et ce sont d'autres qui ont utilisé l'Idée. Lul n'a pas su, n'a rien su. Et finalement Myrmecoblus, au siecle de l'atomlsme et du voyage dans la lune, est resté a peu pres tel qu'il était, a l'époque ou le bassin de Paris, ou la chaîne des Pyrénées, n'étaient pas^^cor^ surgis du fond de la mer !
M
LAISSONS-LE TRANQUILLE
'EST a présent qu'il est une pauvre chose, bien digne de pitié. Il n'avait pas d'ennemis. Il n'a plus que des ennemis. Il ignorait la crainte. M ne vit que sous la peur; La peur de tout. Il est tout seul dans l'Univers, espece unique, genre unique, famille unique, seul. Il n'a meme pas su adopter ta poche marsupials, que les autres ont exploitée et son jeune n'a pour refuge que sa fourrure ventrale ou il s'accroche pour s'alimenter du liquide laiteux qui suinte le long des poils.
Lui-meme est sans logis, sans cachette que les trous d'arbres ou de rochers, ou il se blottit sans oser sortir, pendant des heures. Tout est contre lui, l'homme, les carnivores sauvages ou domestiques, toujours prets, les uns comme les autres, a ne faire de lui qu'une bouchée, il n'essaie meme pas de combattre, de résister Comment et avec quoi? Et le pire est que nul ne peut lui porter secours. Car, si vous le capturez — sans qu'il proteste autrement que par un petit grognement misérable — et que vous vouliez le garder sous votre protection, avec tous les soins désirables, il mourra promptement tout de meme, incapable qu'il est de supporter la captivité, mcapable que vous etes de le nourrir. C est sans doute un noble destin que d'etre devenu ce qu'on appelle un «fossile vivant », Certes, c'en est bien un, et des plus admirables. Mais, pour l'avantage qu'il en ^re It est vrai qu'il n'en sait rien 1 Tout ce qu'il demande est qu'on le laisse tranquille. Ce qui pour lui est aussi exceptionnel qu'il est exceptionnel lui-meme.
RENÉ THÉVENIN
Scénario et dessins de MAS.