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ALA BEGHEBGHE DES INTEOUYABI^S
LE RHINOCÉROS UNICORNIS
UNE HISTOIRE QU'ON N'ENTENORA PLUS JAMAIS RACONTER
« Cette sorte de tunnel s'enfonçait dans l'épaisseur de la jungle A peine y avais-je pénétré qu'un souffle sonore comme un coup de tonnerre m'avertit que la bete se ruait sur nous, tete basse et trépignant de fureur. Elle se jeta sur Laloong, qui s'avançait a ma droite. Effrayé, il leva les bras. En un instant, elle fut sur lui. Je tirai. Elle recula de dix pas, ensanglantée, hésita J'allais envoyer une seconde balle quand un monstre tout semblable déboucha a ma gauche et se précipita sur moi au galop, avec le meme ronflement terrible. Je fis un bond de côté, tirai, presque a bout portant. L'énorme brute s'écroula Alors je cherchai Laloong, a ma droite. Mais Laloong n'était plus la. Je l'appelai plusieurs fois Pas de réponse Et puis j'entendis un râle étouffé. Et je sus qu'il était arrivé un grand malheur »
QUEL EST CE TRAGIQUE RÉCIT?
L est extrait d'un livre passionnant du siecle dernier Les Mémoires d'un Shikar, par le colonel Woods, de 'armée des Indes. Et si nous disons par notre titre qu'on rt'en' entendra plus jamais de semblables, c'est que l'objet principal du drame, le Grand Rhinocéros asiatique, n'existe pratiquement plus, sinon sous forme de quelques tres rares spécimens protégés, réfugiés dans les marais du Népal ou les dernieres forets vierges de l'archipel indonésien.
Vous savez déja que le responsable de cette disparition est l'homme. Il y a moins de cent ans. l'espece était encore assez abondante dans l'Inde du Nord, jusqu'au Pendjab. Mais elle a été vite massacrée par le moyen des armes modernes, non pas tant par les amateurs de grandes chasses que par un absurde Intéret ^ commercial.
Autrefois, ia corne de Rhinocéros a eu ia réputation d'un remede merveilleux. Mise en poudre et absorbée, elle rendait, disait-on, la jeunesse aux vieillards et était le meilleur des contrepoisons. Inutile d'ajouter que rien ne justifie cette renommée. Mais les plus grossieres superstitions sont plus tenaces que la plus sure vérité. Et les vieux mandarins décrépis, comme les sultans soupçonneux de leurs esclaves, payaient l'inerte produit bien plus cher que son poids d'or.
Tant que leurs fournisseurs ne purent attaquer l'énorme bete qu'a l'arc ou a la lance, son cuir, épais de 2 ou 3 centimetres, le protégea a peu 32 pres. Mais quand les balles explosives furent
Il n'existe plus que quelques spécimens tres rares au Népal et en Indonésie. Il fut massacré par milliers a cause d'une croyance injustifiée : on prétendait que la poudre de corne de rhinocéros était un remedede longue vie.
mises a la portée de tous, le résultat ne se fit plus attendre. Aujourd'hui, les Rhinocéros n'existeraient plus qu'a l'état de fossiles si des interventions de derniere heure n'avaient entrepris de sauver leurs derniers représentants.
LES PIRATES RODENT TOUJOURS
OMME toujours, elles arrivaient trop tard. Chez ces grands animaux, attardés des âges préhistoriques, les vides faits dans leurs rangs sont tres longs a se combler. Et naturellement, le prix de leur corne augmentant a mesure qu'elle devient plus rare, les fraudeurs n'hé-sitent plus a affronter tous les risques pour se la procurer. En fait, ils ne sont pas tres grands. La loi n'est que théorique. Quant aux périls de ia chasse, lis sont tres diminués. Contrairement a ce qu'on pourrait croire d'apres les anciens témoignages, le gros Rhinocéros Indien est assez inoffensif, et ne s'est montré vrai-ment dangereux que blessé, quand il chargeait a l'aveugle, droit devant lui
Mais les carabines actuelles et leurs projectiles, quand ils frappent, ne blessent plus jamais, lis se contentent de tuer, du premier coup!
On ne regrettera jamais assez ces destructions, car la disparition d'un animal détruit est tou-joure une catastrophe pour ia science, qui a toujours besoin d'apprendre, sur n'importe quelle espece, beaucoup plus de choses encore qu'elle n'en sait. Et, puisqu'il s'agit de Rhinocéros, rappelons a leur propos un exemple bien frappant.
UNE OU DEUX CORNES?
'ESPECE Indienne, a une corne, comme depuis l'anti-' quité, fut considérée comme unique jusqu'a l'époque de 8uffon, qui la décrivait aussi en Afrique, depuis Le Cap jusqu'en Abysslnie, croyant qu'il s'agissait toujours du meme animal C'est alors que des correspondants lui révélerent que ces formes africaines étaient tres différentes, possédaient une double corne, etc détails qui, avant d'etre classés, donnerent lieu a des discussions tres serrées avant que tous soient d'accord, meme messieurs de l'Académie!
Dans la seconde moitié du siecle dernier, la querelle se renouvela, a propos du Rhinocéros de ia Sonde, différent par quelques caracteres de celui de l'Inde, mais a une corne comme lui et particulier ajava Des observateurs disaient l'avoir vu a Sumatra.
Des contradicteurs s'éleverent aussitôt. Sumatra possédait bien un Rhinocéros: mais c'était justement une forme tres spéciale, de petite taille, et la seule de toute l'Asie a porter deux cornes nasales, ce qui la signalait entre toutes. Mais le gros spécimen, unicorne et de grande taille, n'avait jamais vécu dans la jungle de Sumatra!
La dispute était d'autant plus difficile a dépar-tager que l'acces de cette jungle est si bien gardé par les tigres que peu d'audacieux ont envie d'aller voir ce qui se passe dans ses profondeurs Et l'on n'aurait sans doute jamais pu conclure si un chercheur, plus obstiné que les autres, n'avait osé pénétrer dans un hailier bien plus inaccessible encore Je veux dire les archives officielles
Il y découvrit que la bete, décrétée impossible, avait vécu en 1872 au Zoo de Londres et qu'un autre exemplaire authentique figurait, empaillé, au Muséum Royal de Belgique, depuis 18751
René THÉVENIN.
Scénario et dessins de IVIAS.