Bővebb ismertető
ALA EEGHEBGHE DES
INTHOUYABUSS^
LE KAGOU
UN OISEAU FOU, FOU, FOU, FOU
UN RÉVEIL EN FANFARE
E mttln*la, un d«i admlnis« tracturs du Parc zoelogique de Londres fut arraché du sonfimell avant l'heure nor* male par un vacarme lur* prenant.
Tandis qu'il essayait de reprendre conscience, de slngullires Images traverserent son esprit :
«Qu'est-ce qui se passe t se demandalt-ll. On dirait les cris délirants d'une créature qu'on assassine I Mais Ils sont trop aigus et perçants pour provenir d'un gosier humain. Aucun des animaux de notre ménagerie n'a pourtant cette voix démoniaque, que j'entends pour la premiere fols de ma vie ! »
Ainsi s'Interrogeait, voila une centaine d'années, un savant renommé pour sa compétence professionnelle et qui se flattait de parfaitement connaître les quelque quatre ou cinq mille vertébrés de poil ou de plume dont il avait la haut^ surveillance dans l'établissement.
Mais les cris redoublaient si stridents qu'ils risquaient d'etre entendus du Palais du Parlement ou de la Tour de Londres, dans le silence de l'aube Le professeur, soucieux de se renseigner, se leva et s'habilla 11 sortait de son appartement quand il vit venir a lui un homme effaré qu'il reconnut etre le gardien-chef préposé a la section de l'ornithologie. Il le questionna aussitôt.
— Ah! sir, s'écria l'employé haletant, c'est a devenir fou ! Ou plutôt c'est eux qui le sont, atteints d'une maladie inconnue qu'ils ont apportée de leur maudit pays; quelque chose comme ie mal de Saint-Vitus, que vous appelez, je crois, l'épilepsle
~ Mais de qui donc parlez-vous î
— Eh ! de ces damnés ramenés de New Caledonia par le dernier bateau, qui dorment tout le jour et qui, des le soir
— Quoi i s'aglt-il du couple de kagous, découverts par le voyageur Verreaux et dont il vient de faire don au Zoo ?
— Rien qu'eux-memes, sir! Croyez-moi, ils ont la tete détraquée D'ailleurs, venez les voir Il ne suffit pas de les écouter 1
Le premier Kagou transporté en Europe réveilla un beau matin, aux premieres lueurs de 'aube,tous les pensionnaires, hommes et animaux, du zoo de Londres. Les savants et ies gardiens accourus en hâte furent stupéfiés : l'oiseau néocalédonien était-il atteint d'une maladie inconnue, faisait-ii une crise d'épi-iepsie ?
détraqué ou farfelu
¦ RES intrigué, ie directeur suivit son guide, iis arri-
mp
H verent devant une voliere ou
¦ se tenaient plusieurs oiseaux, dont deux, tres différents des
|H autres, de plumage grls-
¦ bleu, se distinguant par une
H sorte de coiffure de guerrier
---peau-rouge dressée sur
leur tete et l'attitude stupéfiante de l'un d'eux, qui paraissait le mâle et etre, en effet, frappé de folie.
Il courait de tous côtés dans la cage, battant des ailes sans pouvoir s'envoler, poursuivant ses compagnons affolés, poussant les cris qu'on avait entendus et qui, de pres, semblaient des aboiements féroces. Puis, soudain, il enfonçait le bec dans le sol, tournait en rond autour de ce pivot, se relevait, sautait en l'air, courait en lançant la jambe comme un cheval de cirque, faisait une culbute complete, ruait, bondissait, dansait : apres quoi. Il se jetait, ailes
baises et créta dreiiée, sur le* pledi de ii femelle, lei lui picorait flévreuiement. Fini-lement, Il s< tenait tout droit devant elle, la forçait a prendre la meme ictltude. Et tout deux alors tournaient, face a face, bic i bac, avec rapidité, ayant l'air d'exécuter une valse comme II en était alors i la mode dans lei salons I
IL NE RESSEMBLE A PERSONNE
EPENDANT, malgré la surprise des assistants, le spectacle qu'ils avalent sous les yeux n'était qu'une manifestation normale des mours de l'espece que les explorateurs avalent découverte depuis peu.
Le caractere le plus étrange qu'elle présente, c'est son existence- meme, qui, perpétuant celle d'une tres ancienne famille animale, n'a plus aujourd'hui qu'elle comme représentant. Les naturalistes qui l'ont trouvé dans la foret néocalédonienne, ou elle se cachait le jour, n'ont pas su d'abord dans quel groupe la placer, a côté des râles, des grues, des aganis, des hérons, des courales, etc. En fait, Ils ont un peu de tous ceux-la, mais ne ressemblent a personne. Bientôt, comme on peut s'y attendre, ils ne ressembleront plus a rien, car Ils n'existeront plus nulle part.
L'arrivée de la civilisation leur a été, comme a tant d'autres, fatale. Elle a apportée avec elle, outre ses armes destructrices, ses chiens, ses chats, ses porcs et surtout son gout de massacrer, de tuer tout ce qui se mange, ou d'en tirer de l'argent sur les marchés. Ajoutons a cela que la bete, ne volant pas, n'a plus rien pour se défendre et est une victime toute désignée. Le plus étonnant est qu'on en découvre encore quelques rares spécimens, non plus dans la foret, mais dans les zones les moins accessibles de la montagne ou il est fatigant de courir apres elle et ou. cachée le jour dans les coins les plus secrets, elle n'en sort prudemment qu'a la faveur de la nuit.
Elle y chasse une nourriture aussi furtive qu'elle, vers, insectes, etc. A la saison des nids, le couple s'associe pour construire le leur, sommairement bâti de branchettes autour d'un matelas de feuilles, a meme le sol ou peu élevé au-dessus. La femelle y dépose un ceuf unique qui, longtemps couvé, finit par donner un poussin a grosse tete, d'un brun foncé.
René THÉVENIN.
Scénario et dessins de IVIAS.
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