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ON
CHASSE AU FLAIR
—'« .„On tient communément que, lorsqu'on coupe le petit sac ou est le musc, Il en sort une odeur si forte qu'il faut que le chasseur ait la bouche et le nez bien bouchés d'un linge en plusieurs doubles ; et que souvent, malgré cette précaution, la force de l'odeur le fait saigner avec tant de violence qu'il en meurt I » Du moins, c'est le célebre voyageur Chardin qui écrit cela en 1711. Et, pour bien nous montrer ce qu'il en est, Il ajoute :
— « Lorsque le négociais du musc, |e me tenais toujours a l'air, un mouchoir sur le visage, loin de ceux qui maniaient ces vessies »
La précaution était bonne, et il était évidemment plus sage d'exposer les autres a cette mort odorante que de la risquer soi-meme en faisant son commerce. IVIais le danger était-il si grand ? Interrogeons un autre témoin :
— <( L'odeur de cet animal que j'ai apporté a Paris était si forte, avoue, en 1713, Jean-Baptiste Tavernier, qu'il était impossible de le tenir dans ma chambre ; il entetait tout le monde au logis et il fallut le mettre au grenier »
PAS AUSSI DANGEREUSE QU'ON LE DISAIT
EMARQUONS que le péril paraît moins grand que le dit Chardin. Mais, pour avoir un avis plus précis, écoutons le sage Daubenton, scrupuleux collaborateur de Buffon,
jJitflta^» parle et ne parle que de ce qu'il sait. En la circonstance, d'un porte-musc qu'il a vu, vivant, dans le parc de M. de la Vrilliere, a l'Hermitage, pres de Versailles, oi:i, apres trois ans de captivité, la bete a vécu encore de 1772 a 1775, et dont il dit :
« l'odeur qui se répandait de temps en temps, selon la direction du vent, autour de l'enceinte ou était le porte-musc aurait pu me servir de guide pour trouver cet animal. »
Ce détail, en confirmant la ténacité de ce parfum, nous ramene cependant dans les limites du raisonnable. Le naturaliste 32 en profite pour nous laisser une description que ne désavouerait pas le plus
" Il répandait une telle odeur qu'on n'avait qu'a se laisser guider par l'odorat pour aller droit a lui " disait un naturaliste du siecle dernier, ce fameux musc servait de base pour la préparation des parfums. C'est pourquoi le porte-musc fut massacré.
savant zoologue actuel. Nous n'en retiendrons que quelques lignes. « Aucun animal n'a plus de légereté, de souplesse et de vivacité dans les mouvements Il ressemble encore aux animaux ruminants en ce qu'il a les pieds fourchus et manque de dents incisives a la mâchoire supérieure : mais on ne peut le comparer qu'au chevrotain pour les deux défenses ou longues dents canines qui tiennent a la mâchoire du dessus et sortent de deux pouces environ (6 cm) en-dehors des levres Le porte-musc n'a point de cornes, les oreilles sont longues, droites et mobiles Le musc est renfermé dans une poche placée sous le ventre a l'endroit du nombril ; je n'ai vu sur le porte-musc vivant que de petites éminences au milieu du ventre; je n'ai pu les observer de pres parce que l'animal ne se laisse pas approcher La poche du musc tient a une des peaux envoyées du cabinet du roi Il y a dans le milieu un orifice tres sensible dont j'ai tiré de la substance du musc, tres odorante et de couleur rousse {cette poche) fait un caractere qui n'appartient qu'au mâle; la femelle n'a ni poche, ni musc, ni dents canines Je sais, par les observations de M. Gmelin, qu'il a les organes de la rumination et je crois qu'on le verra ruminer » L'illustration qui accompagne notre texte est assez fidele pour donner une idée exacte de l'animal.
MUSC EST-IL ASPHYXIANT?
L nous reste a le compléter d'apres les observations modernes. Mais, d'abord, que faut-il penser de cette matiere odorante qu'on tire de lui, asphyxiante pour les uns et, pour les autres,
_______ exquise ? En fait, ce n'est
qu'une question de dose. Et, d'autre part, on l'emploie beaucoup plus pour fixer les parfums par sa ténacité, que comme parfum elle-meme ; finalement, c'est, elle seule qui demeure, quand toutes les autres odeurs qu'elle soutenait se sont depuis longtemps évaporées. On cite toujours a ce propos les appartements de l'Impératrice Joséphine, a fa Malmaison, qui continuaient d'empester — ou d'embaumer selon les gouts — ses armoires, quarante ans apres sa mort ! Quoi qu'il en soit, c'est par suite d'un massacre exagéré fait par l'homme, uniquement dans un but de profit, que l'espece, autrefois commune, est devenue aujourd'hui tres rare et en voie rapide de disparition Bien que le mâle soit seul possesseur de la précieuse poche, on prenait le prétexte que son absence de cornes le rendait peu reconnaissable, a distance, pour tuer aussi allegrement la femelle, quitte a laisser par terre son cadavre dont il n'y a a tirer aucun bénéfice, la chair étant immangeable et inutilisable le cuir.
C'est aussi pour cette raison que, malgré la facilité actuelle des transports et des voyages, on ne voit plus jamais de che-vrotains Porte-musc dansnos ménageries, alors qu'il y a cent ou cent cinquante ans, malgré beaucoup de temps, de risques et de difficultés, ils n'y étaient pas exceptionnels. On en a cité a Paris, a Londres. Vers le milieu du siecle dernier, le naturaliste Brehm dit que l'on nourrit l'un d'eux de riz, de lichen et de feuilles de chene, qu'il est vif et inoffensif, mais méfiant On pourrait l'acclimater dans nos montagnes
Et, lui aussi, ne manque pas d'ajouter : — Il répandait une telle odeur de musc qu'on n'avait qu'a se laisser guider par l'odorat pour aller droit a lui » René THÉVENIN.
Scénario et dessins de MAS.