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UN MINEUR DE CHOC
UAND.au XVnie siecle, les savants d'Europe eurent a classer certains grands quadrupedes « mangeurs de fourmis », Ils se trou-^verent bien embarrassés. D'autant plus que les voyageurs lointains qui les renseignaient ne semblaient pas du tout d'accord entre eux. Les uns parlaient d'ours, de loups fourmiliers; les autres de renards, ou môme de reptiles I Un correspondant, pourtant habituellement écouté, Séba, disait posséder six especes diverses de ces betes mystérieuses et les énuméralt. Mais l'Illustre Buffon, qui avait déja étudié la question, déclarait n'en reconnattre qu'une dans la liste et aloutalt qu'en tout cas II n'y avait de fourmiliers qu'en Amérique. Et, quand un autre informateur, Kobe, vint a son tour décrire un « cochon de terre »africain, doué des memes mours, li s'écria : « Ne comptons pour rien le témoignage de cet homme I » Cette méfiance était en partie justifiée. L'envoyeur de la nouvelle adressée du pays hottentot s'y était déja rendu coupable de quelques franches sottises. En l'occu-rence, cependant, ce qu'il appelait en hollandais « aardwark », n'avait du cochon qu'une vague apparence, mais se nourrissait, sinon de fourmis, du moins de termites, et méritait bien d'etre signalé car II était tout a fait extraordinaire I
IL VIT DANS LES TÉNEBRES
OURQUOI le qualifiait-on « de terre »? Ici, on ne pouvait mieux dire (et les nomenclateurs officiels l'ont répété en grec), car l'animal est tellement un habitant du sous-sol qu'il est rare de l'en voir sortir I lent cinquante ans plus tard, l'un des plus actifs explorateurs naturalistes, Alfred Brehm, avouera ingénu-ment : « J'ai beaucoup entendu parler de l'Oryctérope d'Éthiopie ; j'ai observé souvent ses terriers. Mais jamais je n'ai pu le voir l » Il n'est cependant pas rare dans sa patrie, 32 en tant qu'individu, mais II y est unique
Il fut difficile a repérer et a identifier car il vit et se déplace sous terre presque en permanence. Sa force prodigieuse lui permet de "forer" les murs des termitieres ou il puise sa nourriture.
dans son groupe, au point qu'au moment oili, le connaissant bien. Il s'est agi de lui trouver une place dans le catalogue zooio-gique. Il a fallu fabriquer, a son seul usage, un genre, une famille, un ordre, celui des Tubulidentés, car personne ne voulait l'admettre dans son compartiment, meme pas les Édentés, puisqu'il a des dents, également singulieres, sans racines ni émail.
On se demande d'ailleurs a quoi elles lui servent, puisqu'il n'a pas de proies a broyer. Il ne les capture qu'avec sa langue, sorte de long tube gluant, qu'il plonge dans les galeries des termites et ou ceux-ci viennent se coller.
UNE FORCE STUPÉFIANTE
N revanche, pour pénétrer dans ces citadelles II doit faire preuve d'une force stupéfiante, car les murs de la termitiere sont résis-^tants, au point qu'un gros buffle peut s'y jucher comme sur un bloc de granit. Il attaque donc ces murailles en les piochant de ses énormes griffes avec tant de violence qu'il les fait
voler en éclats et en peu d'instants y pénetre, s'il le faut, tout entier. La meme prodigieuse énergie lui sert quand il veut se creuser un terrier pour son usage. C'est la qu'en principe II se cache le jour, pour ne sortir qu'au crépuscule ou au clair de lune. Mais si, par hasard, Il est surpris hors de son gîte, il ne perd pas de temps a courir s'y réfugier et se met a fouir la ou il est, de telle façon que l'assaillant croit assister a l'explosion d'une mine. La terre, ies pierres, les éclats de rochers sont rejetés en arriere comme une mitraille, l'obligent a reculer tandis que le fuyard s'enfonce littéralement comme dans une vase molle et disparaît bien vite a ses yeux. Ce mode de construction est si rapide que le constructeur ne se prive pas d'en édifier selon ses besoins immédiats. Mais les domiciles qu'il abandonne ainsi ne sont pas perdus pour tout le monde. Une foule de sans-logis occasionnels les jugent assez bons pour eux, surtout a l'époque des pluies. Et quand un chasseur novice vient explorer le gîte, espérant y faire bonne prise, il lui arrive d'en tirer un lievre, un porc-épie, un chat-tigre, une hyene, un serpent, une chauve-souris ou meme un phacochere I^ais d'Oryctérope, point I
D'OU VIENT-IL ?
ET etre est en somme si particulier, si original, que l'on comprend l'hésitation de Buffon a admettre son .^istence ou a lui accorder une place a côté des Fourmiliers américains si différents de lui, en effet. Mais alors, s'il n'a aucun parent semblable a lui, nulle part au monde, d'ou vient-il? Car on est toujours plus ou moins fils de quelqu'un, On peut penser qu'il est le dernier héritier d'un modele tres ancien dont des types similaires vivaient. Il y a plusieurs dizaines de minions d'années, dans l'Ancien Monde, puis qui se sont éteints peu a peu, comme tant d'autres, pour n© laisser derriere eux que cet unique orphelin I
René THÉVENIN.
Scénario et dessins de MAS.
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