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ICONQUETES ENFANTINESLa fleur vénéneuse qu'on appelle Éliandréma avait poussé dans le plus beau jardin du monde : au vieux domaine de Puymerlé, pres de Soumont, berceau de la famille. C'était dans la montagne, a quelques kilometres de Lodeve, un ancien prieuré abandonné par ses moines, racheté comme bien national a la Révolution par l'arriere-grand-pere, Louis-Amédée Vignon. On se piquait de noblesse, chez les Puymerlé, mais ces usiniers enrichis dans la fabrication et le commerce du drap n'avaient pas eu scrupule a faire main basse sur les dépouilles de l'Ancien Régime. Auguste Vignon, son fils, avait capté des sources, creusé un grand bassin qu'on appelait pompeusement le lac, planté des vignes, des vergers et des prés autour de la vieille métairie qui faisait vivre, bon an mal an, le domaine et flanqué le prieuré, aussi vénérable qu'insalubre, d'une coquette bastide dont les balcons donnaient sur une pinede ponctuée de menhirs et de dolmens. Puis il avait adorné le vieux patronyme roturier d'une particule et la famille s'appelait désormais Vignon de Puymerlé.On montait a Puymerlé a la belle saison, qui est précoce en Languedoc. Nounou partait la premiere avec la charrette du jardinier afin de préparer les aîtres, chasser les araignées, houspiller la fermiere et mettre en branle la maisonnée, un bataillon de servantes et de jardiniers, recrutés dans les villages aux alentours, qu'elle menait d'une main de fer. La famille suivait, aux premieres ardeurs de juin, avec Léocadie, la femme de chambre de tante Éléonore.Les hommes venaient peu a Puymerlé. Hippolyte quittait rarement Paris, siege de la société, Constantin et le cadet,