Bővebb ismertető
INTRODUCTION
Tenter la genese de chacune des pieces de Corneille paraît au premier abord hasardeux, voire impossible, surtout quand on a découvert le caractere européen de la littérature, a la fin du xvi' et au début du xvii^ siecle. Meme si l'on parvenait a fixer avec certitude et dans leur totalité les rapports respectifs de la France avec les pays voisins, les résultats demeureraient difficiles, dans leur application a un auteur particulier.
Il faut néanmoins d'abord éliminer deux attitudes paresseuses. La premiere est d'accorder une confiance inconditionnelle au caprice du génie et de fonder sur l'inspiration du moment l'apparition d'un Orphée aux Enfers, d'une Zénobie, reine de Palmyre ou d'un Attila.
D'autre part, chercher l'histoire des tragédies françaises du xviP siecle a partir de la seule production antérieure ou contemporaine, c'est nier les évidences, fournies par les auteurs eux-memes, lorsqu'ils reconnaissent leur dette envers une ouvre latine, italienne ou espagnole, et par les travaux de la critique du xix'= siecle.
Malgré les exces de leurs conclusions, les recherches de Marti-nenche et de Huszár ont fourni l'essentiel de l'influence espagnole sur la tragédie française. Ceux de J. Marsan, Stiefel, Solerti, Prunieres ont fait mieux qu'orienter les recherches en direction de l'Italie, sans toutefois les épuiser.
Mais le seul climat historique et intellectuel immédiatement contemporain ne suffit pas a expliquer l'apparition d'une tragédie i. C'est méconnaître, cette fois, le désaccord possible d'un auteur avec son public, et la lente maturation d'une pensée a partir de lectures fort diverses, d'auteurs souvent anciens. Nous ignorerions probablement que Descartes doit a R. Lull que Corneille a lu l'obscur Ghirardelli 3 ou que Grenaille s'inspire du Pere Stefonio^, s'ils ne nous l'avaient dit.
Quand les dramaturges ne s'expliquent pas sur leurs sources réelles — et c'est le cas le plus fréquent — l'analyse interne peut
1. La faiblesse de l'hypothese apparaît dans presque tous les ouvrages sur Corneille, de Guizot (Corneille et son temps, 1852) a Brasillach (n° 539) ou Lemonnier (n° 553), voire a de sommaires orientations d'ouvrages plus recents.
2. Cf. Adam (n- 30), I, p. 323.
3. Cf. Seuil, p. 834.
4. Cf. p. 73.