Bővebb ismertető
En 1754, le temps de la toute-puissance de la République de Venise était passé mais la ville demeurait la lumiere et la fete du monde. Le Carnaval y durait six mois, il y avait sept théâtres, deux cents cafés ouverts jour et nuit, des salles de jeu, des tréteaux de saltimbanques, des musiques et des chansons qui volaient de rue en rue, de canal en canal. A Venise, dans ces années-la, il y avait de l'amour partout, la religion de la gaieté, une folle curiosité de la vie, la douce furia du plaisir. La ville était le théâtre d'un comédie étourdissante malgré les Inquisiteurs, la police et ses espions et les redoutables boîtes aux lettres du Palazzo Ducale ou les envieux et les méchants glissaient, a la nuit, des billets de dénonciation. Mais peu me souciait : moi, Giacomo Casanova, fils de comédiens, la scene et les coulisses m'enivraient du meme parfum, celui du bonheur ! J'avais vingt-neuf ans, j'étais libertin, joueur, hardi parleur. Je ne pensais qu'a bien jouir de l'existence et ne voyais pas de crime d'Etat dans cela ; cultiver le plaisir des sens fut toujours ma principale affaire. Rentré depuis quelques mois dans ma patrie apres avoir parcouru l'Europe, visité Vienne et Paris, je m'étais installé sur un bon pied, grâce a cinq mille sequins gagnés au jeu lors d'un séjour a Padoue. Sur les conseils de M. de Bragadin, un bon vieillard qui fut presque un pere pour moi, j'avais loué un appartement ou je tenais une banque de pharaon en association avec un professionnel assez clairvoyant pour me garantir des tricheurs. Chaque dimanche matin, je me rendais en gondole a Murano, afin d'entendre la messe a l'église du couvent ou ses