Bővebb ismertető
Acta Litteraria Academiae Scientiarum Hungaricae, Tomus 11 (3 — 4), pp. 329—350 (1969)
Les angoisses et obsessions de Petőfi
Par
Sándor Fekete (Budapest)
La premiere appréciation notable sur Petőfi dans la littérature mondiale se rattache au nom de Heinrich Heine qui déclarait en 1849: «Petőfi est un poéte qui ne saurait étre comparé qu'á Burns et Béranger . . . tellement sain et primitif au coeur d'une société maiadive et infestée d'allures reflexes que je ne puis lui comparer personne en Allemagne; moi-méme, je ne dispose que de quelques-unes de ses intonations naturelles; par contre, mon impression est que son esprit n'est pas trop profond, qu'il lui manque, heureusement p>our lui et pour son peuple, tout trait de caractére á la Hamlet. »1
Malgré l'intercalation corrective, nous comprenons clairement que la carence totale des traits «á la Hamlet», que la saine primitivité ne sont pas, aux yeux de Heine, uniquement choses «heureuses». II me faut d'autant plus insister sur cela que l'opinion de Heine est, parfois, citée en Hongrie sous une forme tronquée pour en émousser la critique et, d'autres fois, commentée comme une louange sans équivoque.2 Pourtant, si un poéte est «primitif», si «son esprit n'est pas trop profond», s'il a de l'aversion pour les luttes intérieures, les méditations torturantes, nul ne saurait soutenir que cela est uniquement á son avantage.
II ne fait pas de doute: Heinrich Heine s'est trompé de bonne foi. Quelle autre image aurait-ilpuse fairé du poéte d'aprés les morceaux qu'il connaissait de lui? C'est mérne merveilleux que, sur la base du choix tout de prévention et des traductions effectivement primitives, il a tout de mérne eu l'intuition du génié de Petőfi. Ce sont les premiers traducteurs hongrois de celui-ci et, plus tard, nos historiens de la littérature qui sont responsables des vues unilatérales et simplificatrices qui se sont imposées á son sujet — et qui ont cours de nos jours encore. Par exemple, l'excellent poéte et adaptateur fran9ais, Jean Rous-selot, se conforme entiérement au jugement porté par Heine et reproche á Petőfi de n'étre qu'héroique et tornitruant, de manquer de subtilité. II lui oppose Madách, la scéne esquimaude de la Tragédie de VHomme, dont l'anxiété méta-physique lui semble étre un antécédent a Sartre et a ses compagnons.3 Or, Rousselot n'a pas, ne peut mérne pas avoir l'idée que Petőfi a également vécu, et jusque dans ses fibres, de telles angoisses.