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De sa fenetre, Daniel Trasis vit que l'herbe dévorait les allées. Aucun autre voyageur que lui dans cet hôtel de second ordre. Les flancs vivants de la montagne épandaient l'animale odeur des châtaigneraies quand elles fleurissent. Un troupeau pressé arracha a la route une poussiere qui sentait le suint. Daniel entendit l'omnibus de l'hôtel, dans un vacarme de vitres secouées, de freins et de grelots, roulant vers la gare : « S'il revient vide, je reste ; s'il ramene des voyageurs, je rentre a Paris. » Ainsi le jeune homme voulait se persuader que la solitude ne l'effrayait pas. Une lourde pluie inattendue, traversée de soleil, cingla les feuilles, puis son crépitement cessa. Les pépiements se firent plus aigus. Daniel Trasis n'avait jamais été si seul. Il ferma les yeux, retrouva en lui-meme la couleur, le parfum de cet apres-midi finissant a Paris : ces pluies du jeune été avivent les feuilles de l'avenue Henri-Martin, enduisent les troncs et le macadam d'un noir luisant. Il se souvint qu'a cette époque, l'année derniere, le passé de sa maîtresse, Thérese Herlant, le tourmentait au point que, pour le délivrer de l'obsession, il fallait que Raymond Courrege l'emmenât chaque jour dans son Hispano. La nuit, pareils a des bandits masqués, les
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