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AVANT-PROPOS
A Taormine, je pus enfin avoir une conversation un peu longue avec Vittorio B., Vcx-colonello. Au premier coup d'oU, l'homme me déçut un peu. On me l'avait décrit plus militaire, et je l'avais imaginé plus fort. En fait, il était petit et vieux, maigre et chauve. Ses yeux qui n'y voyaient plus guere se cachaient derriere d'épais verres noirs. Ses mains étaient graciles et nerveuses, comme si, leur vie durant, elles avaient manié le pinceau et non la carabine. La voix était faible, hésitante et fatiguée; on avait peine a croire qu'une telle voix ait jamais donné, sur un ton tranchant, des ordres impitoyables.
C'est a Palerme qu'on m'avait mis sur ses traces. A Palerme ovi, brusquement au début du printemps 1963, la Mafia, ce monstre énigmatique né en Sicile, mais dont les griffes inquiétantes passent mers et continents, fournissait une fois de plus au monde entier des manchettes de journaux. Ce n'étaient ni les autorités de la ville, ni celles de la province (qui prétendaient avoir repris la lutte par tous les moyens) qui avaient attiré mon attention sur le colonello, mais un membre influent de la Mafia elle-meme. « Si vous voulez apprendre, sur la nature, les motifs et les méthodes de la Mafia sicilienne, plus que des faits superficiels, des bruits, des mensonges, des suppositions et de pures fantaisies, m'avait dit cet homme, vous ne devez pas ignorer le colonello »