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NOTICE SUR STENDHAL
Stendhal, Henri Beyle, naquit a Grenoble, rue des Vieux-Jésuites, le 23 janvier 1783. 11 appartenait a l'une des plus anciennes familles de la ville. Son pere était avocat au Parlement. Son grand-pere Gagnon était le médecin a la mode; il aimait la littérature et passait pour érudn. C'est lui qui fonda la bibliotheque de Grenoble. L'avocat Gagnon, frere de celui-ci, de mours légeres, avait beaucoup de succes dans le monde; il donnera plus tard a son petit neveu des conseils qui ne seront pas marqués au coin de la sagesse. Henri Beyle habitait chez son grand-pere, entouré d'ime grand'tante a qui il devait, disait-il, tout ce que son âme avait de délicat et de généreux, et d'une tante Séraphie qu'il détesta toujours, car elle luttait sans cesse contre ses défauts. Les Beyle et les Gagnon étaient en bonne intelligence avec la vieille noblesse du pays, en sorte que l'enfant n'avait de relations que dans la bonne société, de la ses gouts aristocratiques.
Turbulent et étourdi, Henri Beyle n'avait pas un gout prononcé pour le travail. On confia ses études a un pretre qui le traita peut-etre trop séverement. Une partie de sa famille, et en particulier sa tante Séraphie, l'obligeait a une discipline rigoureuse. Il devint sournois et méchant. Mis au college dans sa ville natale, il remporta, jen 1797, 1798, 1799, le premier prix de mathématiques. L'annee suivante, il partait pour Paris avec l'intention de travailler pour entrer a l'Ecole polytechnique ; puis tout a coup il abandonna ce projet.
Un de ses cousins, Pierre Daru, partant pour rejoindre Bonaparte en Lombardie comme inspecteur en chef aux revues, pria Beyle de ivenir le rejoindre. Une nouvelle vie allait commencer pour lui, pleine d'imprévu et de nouveauté. Elle lui procura mille plaisirs dont il jouit beaucoup. Milan fut pour lui un paradis terrestre oii il reva sans cesse de revenir et qu'il considéra comme sa patrie. H parcourut le Nord de l'Italie ; visita le célebre champ de bataille de Marengo, étudia sur place les campagnes de Bonaparte. Bientôt il reçut un brevet de sous-lieutenant et fut expédié a Lodi. En décembre 1800 et en janvier suivant, il fit la campagne du Mincio, puis devint aide de camp du général Michaud, qui se loua beaucoup de ses services. En 1802, Beyle était de retour a Grenoble. Il avait pris en Italie le gout de la musique. Il rentrait dans sa famille plein d'enthousiasme pour la République, ce qui choqua les siens, fer-(vents royalistes.
Voulant orienter sa vie vers la poésie et la littérature, vivre a Paris en toute liberté, il donna sa démission. Plus tard, il regretta isa détermination subite. Il vécut dans la capitale jusqu'en 1805, fré-'quentant acteurs et actrices, allant beaucoup dans le monde. Il voit les littérateurs de l'époque, l'abbé Delille, Millevoye, Maisonneuve, Luce de Lancival. Il espere les surpasser tous : « Il manifestait naivemenl le désir de meler et d'unir dans son style la puissance de Pascal, le charme de La Fontaine, la douceur de Fenelon, la phrase simple et large de Bossuet Il voulait acquérir la réputation du plus grand poete français » (Chuquet, p. 67).
Il aime surtout Corneille, critique Racine et plus encore Voltaire, admire Shakespeare, qu'il avait d'abord méprisé. Il étudie aussi la philosophie, prise Hobbes, Condillac, Helvétius. Mais comme il veut avant tout mener une vie mondaine, il abandonne ses éludes. Il ne pense plus qu'au plaisir. Il aime follement la toilette.
Son pere, qui lui a promis 240 francs par mois, plus l'habillement, ne s'acquitte pas toujours de ses engagements; et Beyle est a chaque instant dans la-gene. Il se plaint amerement de son pere, qu'il trouve cruel; il emprunte, fait des dettes, car pour rien au monde il ne veut renoncer a etre une gravure de mode : « Il porte un habit bronze canelle. un triple jabot, une cravate élégante, une culotte et
NOTICE SUR LA CHARTREUSE DE PARME
Ce roman, qui avec Le Rouge et le Noir fait la gloire de Stendhal, ne fut guere apprécié du vivant de l'auteur. Il se vendit fort peu. Henri Beyle n'avait guere trouvé alors que Balzac pour admirateur. Celui-ci avait écrit a ce sujet une lettre enthousiaste dans la Revue parisienne, 30 oct. 1840, ou il louait sans mesure la Chartreuse de Parme. Il faisait toutefois des restrictions relatives au style du roman.
Stendhal, touché des louanges, prit en considération les critiques et se proposa de faire une seconde édition. « Apres avoir lu l'article de M. de Balzac, je prends mon courage -a deux mains pour corriger le style, » écrivait-il dans ses notes. Ce projet n'aboutit pas. Les quelques corrections de l'ouvre qui furent faites, sont restées manuscrites.
En 1845, quelques années apres la mort de l'auteur, sous les auspices de son ami Colomb, Hetzel fit une édition com-[ilete des ouvres de Henri Beyle ; elle n'eut aucun succes. Celle de Lévy, 1858, trouva enfin des acheteurs. Mais on ne tint aucun compte des corrections dont nous venons de parler.
Depuis, les admirateurs se sont pressés a la suite de Balzac pour venger Stendhal de la froideur de ses contemporains. Ils l'ont exalté et porté aux nues.
Pendant son séjour en Italie, Beyle avait trouvé un manuscrit du XVIe siecle, moitié en patois napolitain, moitié en patois italien. C'est la que l'auteur a puisé l'idée de son roman, et qu'il a trouvé plusieurs de ses personnages. Son roman est un tableau complet de la société italienne, depuis le peuple, le paysan, jusqu'a la cour. Mais ce tableau correspond a la société du XVIe siecle beaucoup plus qu'a celle du xxx®.
Fabrice, c'est Stendhal, avec sa viyacité, sa pétulance, son âme toute d'instincts, légere, hardie, primesautiere, changeante, immorale. C'est aussi Alexandre Farnese, qui, a la suite de son attentat, fut enfermé au château Saint-Ange sur l'ordre d'Innocent VIII et qui s'échappa a l'aide d'une corde longue de trois cents pieds.
La duchesse Sanseverina, si séduisante malgré son orgueil immense et sa cruauté, est prise dans le monde du xvi". Le duG de Parme, Ernest IV, c'est François IV, duc de Modene, et Mosca, le fin diplomate, le cornite Saurau, gouverneur général de Lombardie. Au cours du roman, Stendhal a aimé donner leur vrai nom a des personnages secondaires qu'il avait