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H. DE BALZACa M 0Dans la correspondance de Balzac avec M"' Hanska il y a une phrase si douloureuse que les admirateurs du maître ne peuvent la lire sans une émotion poignante. Le pauvre grand homme, en une de ces années effroyables ou ses dettes le contraignirent a des travaux tuants, angoissé par la quarantaine proche, attristé par une exigence sans repos, sans loisirs, acculé a sa table de travail, demandait ingénument et mélancoliquement si ce qui était la vie des autres ne serait jamais qu'un roman pour lui.11 efl impossible d'avoir un éclaircissement sur l'ouvre sans parler longuement de l'homme. Nul n'a soupçonné, de son vivant, la tragédie de ce labeur enteté, de cette produâion dans les affres. Et qui s'en serait douté ? Il était épais et souriant ; il avait le verbe haut et ne dédaignait point ces gamineries des grands travailleurs qui, délivrés de leur tâche quotidienne, s'ébattent comme des enfants au soleil. Au surplus, il était de ces gens qui se consolent du présent en édifiant de beaux projets d'avenir et qui bâtiront de ces projets-la jusqu'a ce que la mort les terrasse. Quels châteaux en Espagne ! Pouvoir travailler douze heures par jour au lieu de dix-huit, avoir quelque menue monnaie pour acheter ces bibelots ou ces meubles anciens dont il fut le premier a comprendre la beauté, vivre dans l'ambiance d'une femme élue dont tout le séparait, etre déchargé du fardeau écrasant de ses dettes Et tout cela lui a été refusé. La deétinée l'a courbé sur son ouvre comme elle courbe sur la terre un paysan qui ne se releve que les reins cassés et les yeux éblouis. Elle lui a dit Fouille cette terre, tu n'en tireras que des joies trempées de larmes et de pauvres bonheurs, âcres et fugitifs ; tout le refle se retournera contre toi. Ainsi il aima sa mere et sa mere le traita comme un enfant ingrat ; il aima ses amis et ses amis refuserent de le comprendre et ne surent pas l'assifter ; il aima la gloire et n'en reçut que la menue monnaie parmi les insultes, l'incompréhension, en butte aux attaques de cette fausse vertu et de cette pudibonderieI M"' Hinka était Polonaise ; elle reita longtemps avec Balzac qui Rnit par l'cpouser.correspondancechatouilleuse qui ont éternellement sali les écrivains libres. Enfin, il crut toucher au but en se mariant, connaitre une exiitence calme, embellie par une présence désirée ; malade, déja vieux, il ne put rien organiser ; il ne put jouir ni de son labeur géant, ni de cette patience amoureuse de treize années, enfin récompensée ; il ne releva la tete que pour mourir, et sa tâche n'était pas achevée et il n'avait pas eu le temps d'etre heureux.Balzac est né en 1 799. Sa jeunesse s'écoula dans ce trait d'union qui sépare la France adtive de la France reveuse. 11 grandit dans un pays belliqueux, chargé de gloire et bouleversé de drames ; il travailla dans cette époque ou la France, convalescente et meurtrie encore, écoutait les poetes avec ravissement. Des lors, il observa la société sur des ruines de société; et il en reconstitua une, légendaire et véridique, faite de poésies précises et de réalités poétiques.On ne savait au juile ou l'on allait ni d'ou l'on venait. Les aspirations des ambitieux se cognaient a la médiocrité des temps. Rastignac et Rubempré bornaient au boulevard leur désir de dominer. L'argent introduisait sa vile puissance dans un monde lassé. L'esprit naissait, falot et dangereux, dans les cavernes de la petite presse. On parlait des Napoléons du journalisme et des Bonapartes de la finance. Balzac regardait et transposait. 11 faisait de l'obscure salle de rédaction l'antre shakespearien ou la conscience et le talent, le mensonge et le vice cuisent a feu doux dans la marmite infâme. Il venait place de la Bourse la nuit, et ne trouvait plus, parmi l'ombre, le silence et les arbres, qu'un temple grec déserté, sous la palpitation confiante des étoiles.On ne l'attendait point. Chose rare, l'hiitorien était né avec l'époque qu'il était deSliné a dépeindre. Mais ce peuple, effrayé par la grandeur orageuse du passé, écouré par les basses préoccupations du présent, ne souhaitait que la chanson endormeuse, le rythme optimiste du poete. Ce temps était mur pour Lamartine, pour Hugo, pour Musset. Il repoussa les mains de l'ouvrier génial qui tenait la vérité.Pourtant, l'aube littéraire était resplendissante ; on