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Dans l'eau jusqu'aux genoux, Ling Tan leva la tete. Pardessus la riziere, la voix de sa femme lui parvenait, haute et sonore. Pourquoi diable la femme l'appelait-elle au milieu de l'apres-midi alors qu'il n'était l'heure ni de manger ni de dormir? A l'autre extrémité du champ, ses deux fils courbés sur l'eau repiquaient les jeimes pousses de riz et leurs deiix bras droits s'enfonçaient au meme rythme conrnie le bras d'un seul homme.
- Ho! cria-t-il. Et comme un seul hormne, ils se redresserent au son de la voix paternelle.
Les deux gars tendirent l'oreille. A les regarder il sentit ses entrailles tressaillir d'aise. Tous deux étaient mariés et l'aîné, Lao Ta, avait un fils, im bébé d'un mois. Lao Er, plus jeune, n'était marié que depuis quatre mois, mais sa femme commençait déja a s'inquiéter. Enfin le plus jeune fils de Ling Tan, Lao San, faisait paître le buffle quelque part la-bas sur les vertes collines herbeuses qui dominent la vallée. Il ne lui restait plus qu'une fille a marier. L'aînée, il l'avait donnée au fils d'un marchand de la ville dont on apercevait les remparts de derriere la maison.
A ce moment, il perçut distinctement la voix de sa femme qui le hélait amicalement.
- Eh! mon homme! Ou etes-vous? Etes-vous sourd?
- C'est bien notre mere, s'exclama Lao Ta. Les trois hommes se mirent a rire et Ling Tan enfouit sous l'eau la poignée de jeunes pousses qu'il tenait dans sa main gauche.
- C'est gaspiller l'argent que de s'arreter ainsi au milieu de l'apres-midi, grommela-t-il. Vous deux, continuez!
- Soyez sans crainte, répondit le fils aîné.
Les deux garçons se courberent de nouveau sur leur tâche, repiquant d'un geste vif les pousses vertes dans l'eau tiede et boueuse. Leurs pieds enfonçaient sous l'eau dans la boue féconde et le soleil était chaud a leurs dos nus et brunis. La
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