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LACORDAIRE
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Jean-Baptiste Henri Lacordaire est né le 12 mars 1802, au petit bourg de Recey-sur-Ource, dans la Côte-d'Or. Son pere, M. Nicolas Lacordaire, était médecin de la commune ; il soignait gratuitement les malheureux, et se montrait tres charitable. Avec cela, c'était un esprit cultivé, aussi modeste que distingué. Le petit Henri le connut a peine : en 1806, il mourait d'une phtisie pulmonaire, contractée peut-etre en soignant ses malades, laissant derriere lui, une veuve sans fortune, et quatre fils ; celui qui nous occupe était le second. Madame Lacordaire était fille d'un avocat dijonnais ; elle possédait une énergie indomptable. Malgré ses maigres ressources elle fit donner a tous ses enfants, une excellente instruction. C'était une femme foncierement chrétienne, tres instruite, et « elle prenait plaisir, disent les biographes du Pere Lacordaire, a faire déclamer a ses- enfants, les plus beaux passages de Corneille », afin de développer chez eux, de nobles sentiments. Apres la mort du docteur, madame Lacordaire alla vivre aupres de ses parents, a Dijon.
Au physique, Henri ressemblait beaucoup a son pere ; ajoutons qu'il était foncierement bon, comme lui, tout en ayant quelques traits dans son caractere qui rappelaient singulierement l'indomp table force d'âme de sa mere.
Ce n'est pas une tâche commode pour une femme que d'élever quatre garçons, et on se représente aisément le tapage, l'animation qui devaient régner au logis. La mere avait une préférence particuliere pour le jeune Henri. Il était doux, bien qu'espiegle et rieur. Un mot de reproche adressé par sa mere suffisait pour lui faire venir les larmes aux yeux. Lui-meme a laissé des souvenirs de sa jeunesse, qui contiennent des renseignements précis, et auxquels nous ferons plus d'un emprunt.
« A dix ans, dit-il, ma mere obtint pour moi une demi-bourse au lycée de Dijon. J'y entrai trois mois avant la fin de l'année scolaire". La, pour la premiere fois, la main de la douleur vint me saisir, et, en se révélant a moi, me tourner vers Dieu par un mouvement plus affectueux, plus grave et plus décisif. Mes camarades, des le premier jour, me prirent comme une sorte de jouet et de victime. Je ne pouvais faire un pas, sans que levir brfttalité trouvât le secret de m'atteindre. Pendant plusieurs semaines je fus meme privé par violence de toute autre nourriture que ma soupe et mon pain. Pour échapper a ces mauvais traitements, je gagnais pendant la récréation, quand cela m'était possible, la salle d'études, et je m'y dérobais sous un banc, a la recherche de mes maîtres et de mes condisciples. La seul, sans protection, abandonné de tous, je répandais devant Dieu des larmes religieuses, lui offrant mes souffrances précoces comme un sacrifice, et m'élevant vers la croix de son Fils par une union tres tendre. .