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CHAPITRE PREMIER
René Dubardeau, mon pere, avait un autre enfant que moí, cetait l'Europe. Elle était autrefois mon aínée, et, depuis la guerre, ma cadette. Au lieu de me parler d'elle comme d'une soeur d'áge et d'expérience, á peu prés casée, il prononcait son nom avec plus de ten-dresse mais plus d'inquiétude, enfant encore á marier, et pour laquelle mes avis de jeune homme justement ne lui semblaient pas inu-tiles. Mon pére était, si l'on excepte Wilson, le seul plénipotentiaire de Versailles qui eűt recréé l'Europe avec générosité, et le seul, sans exception, avec compétence. II croyait aux trai-tés, á leur vertu, á leur force. Neveu de celui qui amena la synthése dans la chimie, il jugeait possible, surtout á cette chaleur, de créer des Etats nouveaux. Westphalie avait donné la Suisse, Vienne la Belgique, Etats qui devaient á l'artifice mérne de leur naissance un esprit