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Chapitre I
UN MYSTERE—MAIS, QU'IMPORTE?
Derriere les persiennes d'une maison de Nantes, un jeune garçon du nom de Fougere regardait avidement ce qui se passait dans la rue. Un cortege défilait, gai et plutôt tumultueux. Des hommes portant de longs bonnets rouges paradaient en groupes serrés. Des femmes en cheveux criaient et riaient! Les yeux du garçonnet brillaient et, comme il était déja républicain, il s'écria: « Vive la République ! » Pourtant, sa voix était mal assurée. La foule d'irritée qu'elle était, devenait farouche. Bientôt, on vit des femmes et des hommes, vetus de soie et de velours traînés derriere une charrette, et qui étaient accueillis par les huées et les risées de la foule grossiere et violente. « A bas ! A bas ! » criait-on. « A bas ! A bas ! A la guillotine ! »
La bonne grosse Madame Audubon assise dans la piece sombre, lui expliqua que ces gens étaient des nobles fortunés qui avaient fait du tort au peuple; mais elle pleurait. Elle avait des amis dans les deux camps. A ses côtés se trouvait une petite fille, Muguette.
Dans la rue, le bruit ressemblait maintenant au grondement du tonnerre. « On ne nous fera pas de mal, » dit d'une voix tremblante Madame Audubon, « car le bon capitaine est républicain. C'est la Révolution. »
Fougere resta a la fenetre. Il n'avait pas peur, et il était avide de savoir ce qui se passait dans le monde.
Ces jours-la abondaient d'étranges événements. Alors que les rues sentaient encore la poudre et étaient obscurcies par la fumée, le Capitaine Audubon et sa femme avaient fait une demande d'adoption de ces deux enfants. Le capitaine déclara qu'il était le pere de l'un et de l'autre.
^ Le capitaine et le jeune Fougere ne se ressemblaient guere, si ce n'est que tous deux avaient la tete pres du bonnet et une forte constitution. Grand pour son âge, svelte, et bien bâti, Fougere avait de beaux yeux candides, le teint coloré et des