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LIVRE I l
CHRYSIS
Couchée sur la poitrine, les coudes en avant, les jambes écartées et la joue dans la main, elle piquait de petits trous symétriques dans l'oreiller de lin vert, avec une longue épingle d'or»
Depuis qu'elle s'était éveillée, deux heuies apres le milieu du jour, et toute lasse d'avoir trop dormi, elle était restée seule sur le lit en désordre, couverte seulement d'un côté par un vaste flot de cheveux»
Cette chevelure était éclatante et profonde, douce comme une four-^ rure, plus longue qu'une aile, souple, innombrable, animée, pleine de chaleur. Elle couvrait la moitié du dos, s'étendait sous le ventre nu, brillait encore aupres des genoux, en boucle épaisse et arrondie. La jeune femme était enrobée dans cette toison précieuse, dont les reflets mordorés étaient presque métalliques et l'avaient fait nommer Chrysis par les courtisanes d'Alexandrie.
Ce n'étaient pas les cheveux lisses des Syriaques de la cour, ni les cheveux teints des Asiatiques, ni les cheveux bruns et noirs des filles d'Egypte. C'étaient ceux d'une race aryenne, des Galiléennes d'au dela des sables.
Chrysis. Elle aimait ce nom-la. Les jeunes gens qui venaient la voir l'appelaient Chrysé comme Aphrodite, dans les vers qu'ils mettaient a sa porte, avec des guirlandes de roses, le matin. Elle ne croyait pas a Aphro-