Bővebb ismertető
certes il nous semble le connaître, le reconnaître, jusque dans ses moindres frémissements, et pourtant : son charme étrange n'est-il pas celui d'un monde encore jamais vu, celui d'un monde oil les lois de la statique sont différentes, oii les choses deviennent diaphanes, ovi les bâtiments les plus vertigineusement grands interferent, s'entrepénetrent, sans rencontrer de résistance. De telles formes-silhouettes sans contours, sans poids, sans consistance matérielle-peut-etre en existe-t-il sous la pression des masses océanes, dans les abysses les plus sombres, la ou les etres, visions insaisissables, ne sont pas poussiere mais lumiere. Ou encore: dans ceux des cercles du Paradis de Dante, oii l'amour est le moteur de toutes choses, oti l'amour n'est rien d'autre qu'une heureuse, qu'une réciproque spécularité
Ce que nous montrent ces photographies, c'est pourtant bien, sans ambiguité, Paris ; qui plus l'essence de Paris, son idée platonicienne. Un Paris éminemment ville-lumiere. Un Paris fait de lumiere.
Impossible a localiser et pourtant manifestement tout proche-aportée de la main peut-etre-il est, ce Paris, la chance de notre vie, celle qui, aux heures fastes de notre voyage, se déploie devant nous - telle, apres l'averse d'été, apres le déluge, laporte de l'arc-en-ciel. Irisations, clartés boréales, mirages: c'est parmi ces jeux de lumiere que nous parcourons les rues de Paris. Nous pouvons, simultanément, nous délecter de la réalité et - comme le dit le poete - de son «double céleste». Nous pouvons, dans une flaque d'eau, voir la.Tour Eiffel monter, s'effiler, telle que peuvent la voir, entre deux nuages, les anges Le soleil couchant, englouti dans le ventre - porté au rouge dans le creuset - d'un bâtiment de la Défense, devient un soleil en gestation, un soleil levant
Credo de l'artiste? Ces images, avec une incomparable cohérence, nous révelent que le monde - ou plus exactement la civilisation, en raison de l'apogée qu'elle a atteint a Paris - ne recele pas moins de microprismes capables de décomposer la lumiere que, par exemple, les rideaux de pluieetlesnuages.
« L'émerveillement d'un miracle de couleurs » écrivait dans son poeme, « La mort de l'arc-en-ciel» le Hongrois Endre Ady. Aucune photo du présent album qui ne soit pleine d'un tel émerveillement. Comme si leur auteur avait découvert cette courbure de l'Espace-Temps oii les lois de la physique ne s'appliquent plus, ou seules les lois de l'optique restent valables. Cette découverte, ce n'est bien siir pas un hasard si c'est a Paris qu'il l'a faite. Sous sa direction, rues et places de Paris deviennent, comparables a celle de Versailles, autant de Galeries des glaces. Il faut seulement apprendre a voir. Seulement?
Apprendre a voir, n'est-ce pas la une des plus grandes tâches que s'est donnée l'humanité? Depuis le jardin d'enfant des premieres gravures rupestres, celle-ci n'a jamais cessé de fréquenter l'école de la vision, travaux pratiques et cours magistraux de styles toujours renouvelés, et ne terminera ses études que le jour ou quelqu'un, d'un geste ultime, photographiera les quatre cavaliers de l'Apocalypse ainsi que le signe, apparu dans le ciel, du Fils de l'Homme, afin d'en remettre l'image, en meme temps que soi-meme, au Néant qui se rapproche. Que l'homme, avec tant d'opiniâtreté, poursuive cette quete optique de l'univers et, a l'intérieur de celui-ci, de soi-meme, - passion dont la fureur des iconoclastes permet a contrario de mesurer la grandeur - cela ne prouve-t-il pas qu'il place en l'image son espérance, qu'il attend de l'image quelque chose d'essentiel ?