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Du château de Peyrepertuse, on aperçoit au loin celui de Quéribus et son impressionnant donjon. La vue est grandiose : la mer et les Pyrénées au loin, presque a perte de vue, dans le soleil levant. Avoir le jour poindre sur ces lieux presque intacts, emplis de recueillement et de pureté, on a l'impression saisissante d'assister a l'aube du premier matin du monde. Il faut s'accrocher au parapet : la force brutale du vent qui cingle le corps et la proximité du vide béant donnent le vertige. Le pays cathare est plein d'innombrables promontoires et de moments durant lesquels le temps paraît suspendu. De silence aussi. Les routes sont montagnardes et quasiment désertes. On progresse lentement. Derriere chaque virage (et il y en a !) se déroule un paysage sauvage et escarpé. Un peu plus bas, un village fortifié sur lequel se dresse un château fort médiéval. Laplace était jadis «inexpugnable». L'acces en est malaisé, en effet. La présence de l'homme y est davantage perceptible aujourd'hui, mais a peine.
C'est toujours le sentiment d'une quiétude que les fortifications gardent de toute agitation, d'un repos éternel blotti dans de longs bras de pierre.
11 est aux alentours de neuf heures. Il y a bien quelques commerçants qui commencent a ouvrir leur devanture. La terrasse du café, traversée ça et la par des rayons de soleil, est une tache d'ombre que portent sur elle deux tours immenses du château. Un homme d'une soixantaine d'années s'y tient assis, le coude posé sur une table ou reposent une tasse de café, un verre de jus d'orange, quelques journaux et un trousseau de clés : Alain, ancien directeur d'une école d'Arles, qui coule une retraite paisible (le mot « retraite » convient si bien a ces lietix !) en terre cathare. Un voyageur d'une autre espece, en quelque sorte. L'appartenance a cette vaste confrérie délie les langues et permet d'engager la conversation. Il est charentais d'origine, venu en Provence par amour, retiré la parce que « le silence est un luxe trop rare ». Il est volubile, pourtant. Il évoque en souriant son temps des secrets : son enfance a Jarnac, avec le petit arpent de vignes gorgées de soleil, les betteraves que cultivait son grand-pere, et avec lesquelles il nourrissait les quelques vaches qu'il possédait.